Joseph Pilates : guérir les maux de la vie moderne par des exercices

4 Déc, 2020

Santé

Temps de lecture : 4 minutes

Source : France Culture par Yann Lagarde

Mauvaises postures, muscles engourdis… le Pilates s’est imposé comme un moyen efficace d’apaiser les maux de la vie moderne. Voici comment son inventeur, véritable gourou sportif, a mis au point cette méthode en confinement.

Popularisé par des célébrités qui voient en elle le sport miracle pour tailler leur silhouette, la méthode Pilates est pourtant conçue comme l’inverse du « body-building ». Son créateur fut l’un des premiers à penser le sport dans une démarche de santé globale et non plus comme un simple perfectionnement physique ou esthétique.

Joseph Pilates naît en Allemagne en 1883, d’un père gymnaste et d’une mère naturopathe. Il se passionne très jeune pour l’anatomie des animaux, leurs mouvements fluides et naturels.

Enfant rachitique, asthmatique, il est complexé par sa mauvaise santé et pratique plusieurs sports avec intensité : boxe, yoga, lutte gréco-romaine. Constatant les méfaits du mode de vie sédentaire et urbain sur le corps, il réfléchit à des exercices pour soigner les mauvaises postures.

Bernard Andrieu, philosophe du corps : “On se souvient du film de Chaplin sur les temps modernes… C’est exactement pour critiquer cette mécanisation du corps humain qu’on va développer des thérapies et des pratiques qui vont libérer des nœuds énergétiques, des points nerveux, des crispations et des contractions. Souvent, ça touche des maladies chroniques, lombalgie, problèmes de posture, tout un tas de nouvelles pathologies dues à la fatigue nerveuse, aux conditions de travail, à l’urbanisation et à la posture assise.”

Prisonnier en Angleterre

À 29 ans, Joseph Pilates s’installe en Angleterre et travaille dans un cirque comme gladiateur romain. Lorsque la guerre éclate en 1914, il est fait prisonnier sur le sol britannique. Il devient le coach sportif de ses codétenus et met au point des exercices basiques réalisables par tous, dans un espace réduit et avec peu de matériel. Il développe une méthode de raffermissement et d’étirement musculaire.

Bernard Andrieu : “Pilates va avoir un point commun avec le yoga, c’est qu’il va penser que le travail du corps, c’est aussi le travail de l’esprit. On est dans un modèle holistique. Une conception selon laquelle l’étirement est l’occasion d’une centration sur les sensations internes.

Transféré sur l’île de Man, Pilates va plus loin dans ses recherches : il utilise un sommier de lit, des ressorts et des élastiques pour accroître la tension sur les muscles. Sa machine rudimentaire est utilisée pour rééduquer des soldats blessés.

Bernard Andrieu : “L’idée, c’est d’utiliser ces fameuses machines à ressorts qui permettent d’étirer extrêmement lentement le corps, non pas pour le forcer mais pour allonger les muscles et les faire respirer. Il s’agit d’activer par la circulation du sang cette oxygénation de l’ensemble du corps.”

Une méthode miraculeuse, selon son créateur

Alors que la grippe espagnole déferle sur le monde, l’île de Man est très peu touchée. Pilates raconte des années après que grâce à sa méthode, ses adeptes ne sont pas tombés malades. Mais ce « miracle » est certainement dû à la situation de l’île, relativement isolée.

En 1925, il part vivre le rêve américain et ouvre un club de sport à New York. Auréolé d’une certaine renommée, Pilates perfectionne et brevette ses machines : Cadillac, Reformer, Barrel.

Véritable gourou sportif, il fait des adeptes à Hollywood et travaille avec des compagnies de danse new-yorkaises.

Bernard Andrieu : “Il va s’intéresser à un problème central de l’exercice corporel qui est l’usure du corps. Les danseurs rencontrent ce problème-là. Ils ont spécialisé leur corps toujours de la même façon et n’exercent pas certaines parties musculaires. L’idée c’est d’essayer de compenser, de rééquilibrer l’énergie.”

En 1934, Pilates publie un livre Your Health, un manifeste à sa gloire qui expose la supériorité de sa méthode. Il critique sur une société moderne aliénée qui néglige sa santé. Il voit les maux de dos et les problèmes cardiaques comme les fléaux du XXe siècle.  

Il meurt à 83 ans d’une infection pulmonaire. Ce sont ses élèves qui vont transmettre sa méthode.

Bernard Andrieu : “Chacun veut gérer sa propre auto-santé, sans être dans la prescription, sans être à la merci d’une salle et pouvoir gérer une progression par rapport à son corps. C’est un mode de connaissance de soi. On va reposer le dos, muscler la colonne vertébrale, des choses qu’on ne ferait pas habituellement parce que la majorité du temps, on est devant un écran et finalement on n’a pas l’occasion d’utiliser son corps ».

Source : France Culture par Yann Lagarde

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